
Le vignoble neuchâtelois s'étend sur quelque 600 hectares le long du lac, des collines de la Béroche jusqu'aux rives d'Auvernier. Sur ces pentes ensoleillées s'épanouissent plusieurs cépages, dont deux dominent largement le paysage : le Pinot Noir et le Chasselas. Mais la palette est plus riche qu'il n'y paraît.
Pinot Noir — Le roi incontesté
Le Pinot Noir représente environ 70 % de l'encépagement neuchâtelois. Un chiffre qui dit tout. Ce cépage bourguignon d'origine a trouvé dans le terroir calcaire et schisteux des coteaux neuchâtelois un terroir de prédilection — moins puissant qu'en Bourgogne, mais d'une élégance et d'une finesse remarquables.
Les vins de Pinot Noir neuchâtelois se distinguent par leur robe rubis légère, leurs arômes de cerise, de framboise et parfois de sous-bois. La bouche est fine, peu tannique, avec une acidité fraîche qui les rend très agréables à boire jeunes — tout en développant une belle complexité après quelques années de cave pour les meilleures cuvées.
C'est aussi de lui que naît l'Œil-de-Perdrix, la fameuse rosé pâle inventée à Neuchâtel, vinifiée en blanc à partir de raisins noirs avec une cuvaison ultra-courte.
Chasselas — La transparence du terroir
Le Chasselas est le cépage blanc de référence en Suisse romande. À Neuchâtel, il couvre environ 20 % du vignobleet donne des vins d'une grande franchise aromatique : légers, vifs, avec une belle minéralité quand ils viennent des meilleurs coteaux calcaires.
À la différence du Chasselas vaudois ou fribourgeois, la version neuchâteloise est souvent un peu plus structurée, avec une légère vivacité apportée par les sols plus froids. Elle se reconnaît à ses notes florales délicates, ses arômes de citron vert, d'amande blanche et parfois une très légère pétillance naturelle — ce qu'on appelle la pointe de gaz.
Le Chasselas neuchâtelois est typiquement vinifié sur lies, sans malo-lactique complète, pour conserver cette fraîcheur si caractéristique. Idéal sur une truite du lac ou une fondue au fromage.
Pinot Gris — L'élégant méconnu
Le Pinot Gris reste confidentiel dans le canton — quelques hectares seulement — mais produit des vins d'une belle richesse aromatique. Plus ample et gras que le Chasselas, il offre des notes de poire mûre, de miel léger et d'épices douces. Certains vignerons en font des vendanges tardives exceptionnelles, à la texture presque opulente.
Accord idéal : fromages affinés, terrine de foie gras, ou en apéritif avec des noix caramélisées.
Chardonnay — L'outsider ambitieux
Quelques domaines neuchâtelois cultivent du Chardonnay avec des résultats intéressants, notamment dans les zones aux sols les plus calcaires. Vinifié en barrique ou sur lies longues, il peut exprimer une belle tension minérale et une longueur surprenante.
Il est également utilisé dans les assemblages de vins mousseux de qualité, aux côtés du Pinot Noir, pour élaborer des Blanc de Noirs ou des Bruts effervescents de méthode traditionnelle.
Autres cépages présents
En marge des cépages dominants, on trouve quelques plantations de :
- Pinot Blanc — proche du Pinot Gris, vins frais et délicats
- Garanoir — cépage suisse issu du croisement de Gamay et Reichensteiner, donne des rouges souples et fruités
- Diolinoir — autre cépage helvétique, plus coloré, parfois utilisé pour colorer les assemblages
- Riesling × Sylvaner (Müller-Thurgau) — rare, mais présent chez quelques producteurs traditionnels
Ces cépages confidentiels contribuent à la biodiversité ampélographique du canton et témoignent de la curiosité et de l'esprit d'expérimentation de certains vignerons neuchâtelois.
En résumé
Le vignoble neuchâtelois est dominé par le duo Pinot Noir / Chasselas, qui représente ensemble plus de 90 % des plantations. Mais cette apparente simplicité cache une richesse réelle : selon les communes, les expositions et les pratiques de chaque vigneron, chaque cépage révèle une facette différente du terroir.
Prochaine étape : comprendre comment ce terroir exceptionnel façonne ces vins.